On ne l’avait jamais vue, et maintenant on veut son poster dans notre chambre. Loïs Boisson, c’est ce genre d’histoire qui ne prévient pas. Une wildcard, une victoire, puis une autre, et soudain on se surprend à rafraîchir le score de son match toutes les deux minutes entre deux mails.
Il y a dix jours encore, je ne savais pas qui elle était. Loïs Boisson, c’était un nom qui aurait pu être celui d’une camarade de collège, d’une collègue discrète du troisième ou d’une pote de pote qu’on croise une fois à un anniversaire. Et pourtant, aujourd’hui, on l’encourage comme si on avait grandi avec elle, fait nos premiers revers ensemble sur un court municipal, trotté côte à côte en EPS sous la pluie.
C’est ça, la magie du sport : tomber amoureux d’un geste, se passionner pour une joueuse sur une balle de match, se laisser embarquer par une trajectoire. Et là, Loïs, elle nous a embarqués comme jamais.
On l’a vue gagner un match. Puis deux. Puis trois. On s’est dit : tiens, pas mal. Puis elle a sorti une tête de série, puis une autre. Et là, sans prévenir, notre cœur s’est emballé. Maintenant, à chaque point qu’elle marque, on dit comme Yannick Noah : "Finis-moi ça !", à voix haute dans notre salon. On fronce les sourcils quand elle sert, on serre les poings quand elle contre une amortie. On est tendus, investis, in love total.
Et pourtant, elle, elle reste calme. Hyper calme. Avec son petit sourire tranquille, son regard serein, sa confiance qui sent pas l’arrogance mais le travail bien fait. C’est fou comme elle dégage la paix alors qu’elle envoie des coups droits à je ne sais pas combien de km/h. C’est peut-être ça, le plus bluffant : cette maîtrise, cette sérénité, ce relâchement qui fait d’elle déjà une figure, un nom qu’on retiendra.
Alors, marquera-t-elle l’exploit face à Coco Gauff ? On n’en sait rien. Peut-être que oui, peut-être que non. Mais franchement ? À ce stade, je m’en moque un peu.
Parce qu’en une semaine, elle a déjà gagné : nos cœurs, notre admiration, et une place dans la grande histoire de Roland-Garros. Elle a battu des records, réveillé la fierté française et prouvé que tout est possible, même quand personne ne vous attend.
Aujourd’hui, c’est Loïs. Demain, ce sera peut-être une autre. Mais pendant ce tournoi, c’est elle notre copine de maternelle imaginaire, notre héroïne inattendue, notre frisson quotidien.
Et ça, c’est ce que le sport fait de mieux.